Utilisation de figurines dans le cadre de l'apprentissage de l'arabe

24-2-2015 | IslamWeb

Question:

Ma question: J'ai réalisé un abécédaire très particulier inspiré d'une méthode existante en France, pour que les enfants apprennent les lettres arabes et sachent lire en arabe, par la permission d'Allah, dans un temps record. Cet abécédaire est composé de 28 petites figurines, en 2 dimensions et en images, qui représentent les 28 lettres de l'alphabet arabe et qui prennent, pour certains, la forme d'animaux que j'ai pris le soin de modifier.Ces "figurines" sont donc légèrement déformées par rapport à la réalité mais restent identifiables par l'enfant. J'ai pris le soin de ne pas mettre les traits de caractères du visage : les yeux, le nez, la bouche. Ces figurines ont des bras et des mains, de chaque côté ou d'un coté, selon si la lettre s'attache à gauche et à droite ou s'attache seulement à droite avec les autres lettres de l'alphabet arabe. Ce sont donc, au final, des personnages que je qualifie d'imaginaires car non conformes à la réalité sur plusieurs plans. Par ailleurs, la méthode repose sur le fait de raconter une histoire imaginaire sur la base de chaque personnage correspondant à chaque lettre.L'enfant mémorise ainsi très facilement l'historie et la forme de ces figurines et donc la forme des lettres.Ce sont, pour lui, des images mentales très concrètes qui lui servent d'aide mémoire pour retrouver les lettres arabes lorsqu'il lit. Concernant cette technique d'apprentissage très efficace pour apprendre à lire, j'ai deux questions. 1/ Est ce que des figurines imaginaires en 2 dimensions et en images sont licites? 2/ Est ce que l'histoire imaginaire que je raconte autour de chaque figurine pour intéresser l'enfant et susciter sa curiosité et son envie d'apprendre les lettres arabes pour apprendre à lire le Qu'ran est licite?"

Réponse:

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :


Il n’y a pas de mal à utiliser des images d’êtres vivants dans le but d'apprendre l'alphabet aux enfants. En effet, dans la Sunna il y a la permission de jouer avec les représentations de petites filles (poupées). Boukhari et Mouslim ont rapporté que notre mère Aïcha (Radhia Allahou Anha) jouait chez le Prophète () avec des poupées représentant des fillettes et qu’elle avait des amies qui jouaient avec elle. Lorsque le Prophète () rentrait à la maison elles s'esquivaient et il les faisait revenir pour qu'elles continuent à jouer avec  elle. Si le jeu avec les poupées est permis pour les enfants alors leur apprentissage en se servant de  figurines l'est a plus forte raison.

Dans l’Encyclopédie koweitienne du Fiqh : « La majorité des oulémas ont excepté la fabrication de poupées de l’interdiction de dessiner et de fabriquer des statuettes. C’est l’avis des malékites, chaféites et hanbalites. Le Qâdî 'Iyâd a rapporté cette permission d’après la majorité des oulémas et l’imam al-Nawawî l’a approuvé en disant dans son commentaire sur Sahîh Mouslim : «Il faut excepter de l'interdiction de dessiner l’image de ce qui a une ombre, le dessin et la fabrication de poupées, car il y a une permission qui les concerne dans la Sunna »
Il est mentionné aussi dans cette Encyclopédie : " Nous n’avons  trouvé aucun savant qui a traité ce sujet à part sa partie en rapport avec les jouets des enfants, la cause de la permission de ces derniers est l’initiation des filles à éduquer les enfants comme mentionné par la majorité des fouqaha, ou à leur donner du plaisir et une grande joie, ce qui favorise leur bon épanouissement comme a dit al-Halîmî. La fabrication des jouets a été autorisée pour cette prérogative bien que la raison de l’interdiction qui est le fait qu’ils soient des représentations d’êtres vivants existe toujours. Par analogie le dessin qui a pour but l’apprentissage et l’initiation a le même statut juridique que la fabrication de jouets.»
De même il n’y a pas de mal à écrire des histoires imaginaires pour schématiser la signification, clarifier la pensée et traiter les événements de la vie réelle avec des moyens attractifs et captivants et cela n’est pas du mensonge.
On trouve dans le livre « Al-Tarâtîb al-Idâriyya » d’al-Kattânî ainsi que dans le livre « Al-Dur al-Mukhtâr fî Charh Tanwîr al-Absâr » d’al-Haskafî al-Dimachqî (livre hanafite) où il est question de la permission de rapporter les réçits des Enfants d'Israél (al-Israiliyyât): « Cette permission indique qu’il est licite d’écouter les choses fantastiques et extraordinaires de celui dont on n’est pas certain qu’il mente, dans un but de jouissance mais pas pour s'en servir comme prevue ; pareillement il est permis de les écouter de celui qu’on est certain qu’il ment si et seulement si  le but est de donner des paraboles et des leçons de morale comme d’apprendre le courage par le biais des êtres humains ou des animaux. Cette permission est soutenue par Ibn Hadjar. » fin de citation
L’imam Ibn 'Abidîn a dit : « ... Mais seulement dans le but de donner des paraboles comme dans « Maqâmât al-Harîrî » car il est apparent que les histoires de ce livre relatives à al-Hârith ibn Hammam et al-Surûdjî n'ont aucun fondement, mais il les a relatées de cette façon extraordinaire pour impressionner le lecteur averti. Est-ce que les histoires de 'Antar et  du roi al-Dahir peuvent être inclues dans le même contexte si le but est de donner des paraboles ? » Fin de citation
Je dis que les récits "Les mille et une nuits" et "Les mille et un jours", sont dans le même contexte, car elles ont pour but en plus de la stimulation des ardeurs, la connaissance des faits antérieurs. En effet, les récits même s’ils sont imaginaires, révèlent les situations de leurs auteurs.
Dans les fatwas de l’imam Ibn Hadjar al-Haythamî  on trouve : « Le livre "Maqâmât al-Harîrî "» a l’aspect d’un mensonge apparemment, mais en réalité ça ne l’est pas, c’est uniquement des paraboles et la mise en évidence des moyens extraordinaires et des énigmes fantastiques, c’est une création originale si subtilement tissée qu’aucun écrivain n’y a jamais songé, alors toutes nos félicitations à celui qui l’a rédigé ! ».

Et Allah sait mieux.

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